Ottoz_Serendipity_Double V Gallery_Marseille_19PF RBV 2 - Peinture acrylique, papier Arches, 115cm x 180cm 2019.jpg

Benjamin Ottoz utilise comme support le papier qu’il sculpte, froisse et modèle dans une confrontation physique. Il pulvérise ensuite la peinture sur le relief obtenu avant de tendre la feuille en l’imbibant d’eau. Benjamin termine le processus en plaçant la feuille sous presse afin de lui rendre sa forme initiale. Son travail aboutit à un passionnant croisement de différentes techniques où les dégradés de couleurs glissent sur le papier alors que les noirs et blancs le figent dans une substance organique.

Horace Walpole (1754) définissait la serendipity comme le fait de découvrir quelque chose par accident et sagacité alors que l’on est à la recherche de quelque chose d’autre. Le titre du projet « Serendipity » explore cet espace que la recherche concède au hasard. Cet instant à la fois fortuit et étudié où la peinture cristallise l’empreinte indélébile laissée sur le papier. L’opportunité créative est bien au cœur de la démarche de l’artiste.

Drapés, paysages, trompes l’œil sont autant de références à l’histoire de l’art et particulièrement à celle de la peinture. Le travail de Benjamin Ottoz explore cet endroit situé « entre », aux frontières, déplaçant le point de vue du spectateur et le poussant à chercher d’autres interprétations.


Ma pratique veut se situer « entre », à l’endroit des frontières ; là où les choses sont incertaines, ambiguës ; là où les mots n’ont que des détours à prendre. Produire des formes comme des espaces de potentiels, propices à un surgissement. Cette posture, cette attitude définit à ce jour une pratique plastique hétéroclite, indisciplinée ; au sens où elle ne s’attache pas à un médium, à une manière ou à un style. Il y aurait plutôt, des chantiers. J’entends par là des zones de réflexions, de construction ou quelque chose à un moment donné prend forme, se cristallise pour entrer en résonance et s’exposer. Le projet Serendipity a émergé dans un rapport à l’atelier, territoire d’expérimentation et d’exploration qui ouvre les possibles. La notion de sérendipité est apparue pour nommer un moment d’atelier, une apparition, un surgissement et in-fine une méthode de recherche. La sérendipité est originellement le fait de réaliser une découverte de façon inattendue, accidentelle ou à la suite d’un concours de circonstances, c’est aussi la faculté de voir et d’exploiter ce surgissement. Ainsi, dans l’atelier, alors que je peignais une sculpture à la bombe, de la peinture pulvérisée s’est déposée accidentellement à la surface d’un papier froissé, un déchet qui traînait dans un coin. Plus tard, en rangeant l’espace de travail, je retrouve ce morceau de papier, le défroisse, puis le maroufle au mur pour l’observer. Quelque chose était apparue. Le retour au plan du support laissait apparaitre une trace, une empreinte, que la peinture avait révélée en se déposant à la surface du support accidenté. Un spectre, un «ça a été», une image ? Quelque chose était là, quelque chose qui me surprenait, me dépassait, et allait devenir l’objet principal de mes préoccupations plastiques.

À mesure que je retravaille cet accident, ce surgissement, j’entrevois un territoire à explorer, dans les plis et la peinture, par le papier. Et devant moi se dresse alors ce que j’appelle chantier. Un chantier baroque, aux frontières du pictural, du sculptural et du photographique. Ces «images-empreintes» ou «imagesspectrales» naissent du papier, elles sont issues du support même, elles surgissent dans un principe d’immanence. Elles sont la trace, l’impression picturale d’un état antérieur du papier. Dans les plis et les replis de la matière surgissent des réminiscences qui sont des échos à d’autres référents : de la roche, les remous de l’eau, des drapés, des vagues, des visages et paysages utopiques. Morceaux de peintures, détails, fragments empruntés à l’histoire de l’art, pour entraîner le regard vers d’autres lectures. Serendipity est un cheminement et une attitude ; une attention portée à l’endroit de ce qui surgit, de ce qui advient. Une réflexion sur l’acte de création et le nom d’un travail qui me porte depuis plusieurs années. Serendipity veut aussi engager un dialogue avec l’histoire de l’art et tout particulièrement avec l’histoire de la peinture : la tradition du trompe-l’œil, le mouvement baroque et la notion transhistorique développée par G.Deleuze dans « Le pli, Leibniz et le baroque ». La peinture de Simon Hantai, le mouvement support-surface, mais aussi et plus largement le domaine des sciences dites dures, chimie, physique, géologie, géographie...



 
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