Manoela Medeiros

 

Les œuvres de Manoela Medeiros frappent par la subtilité de leur rapport à l’espace dont elles semblent être les plaies poétiques et mélancoliques. Loin d’un esprit pop de l’arrachage des affiches et des calembours visuels créés par la juxtaposition des lambeaux d’affiches de Mimmo Rotella ou de Jacques de la Villeglé, les fragments arrachés et rassemblés sur ces châssis de plâtre sont de réels fragments de murs, vestiges de murs collectés dans des bâtiments abandonnés. Prélèvement ou biopsie du gravât, cette archéologie de l’habitat, exploite la poussière et le fragment, mettant en évidence et simultanément la présence et l’absence des occupants successifs.

Sa pratique artistique applique parfois cette méthode de l’écaillage à des formes et des éléments géométriques en dialogue directe avec un angle, une surface, ou encore un recoin d’une architecture. Ces « déplacement d’espace » semblent vouloir matérialiser une méthode de collecte des couches de poussières accumulées par le temps.
Le spectateur est inconsciemment familier de cette tendance à vouloir sauver les traces du passé, indépendamment de la disparition inéluctable et programmée du bâti. Le travail de Manoela Medeiros n’est d’ailleurs pas sans rappeler la dépose des fresques archéologiques, et les teintes de ses compositions accidentelles, la beauté fanée des luxuriantes compositions antiques. Les peintures murales des villas romaines rassemblées dans les musées ne sont pas même l’ombre de ce qu’elles ont été et la dimension archéologique du travail de Manoela Medeiros semble relever d’une même tendance performative à vouloir combattre le temps : une démarche fastidieuse bien qu’invisible dont l’absurde semble en renforcer la force poétique. Le champ lexical de la ruine est d’ailleurs celui que l’artiste privilégie pour titrer ses œuvres. « hiatus » ou « Déplacement d’espace » mettent en évidence la notion d’absence. L’action semble ici située dans un temps qui succède à l’humanité ou encore celui d’une architecture résiduelle appelée elle aussi à disparaitre.

 

Texte de Matthieu Lelièvre

 

Site web de l'artiste : http://www.manoelamedeiros.com/