Michèle Sylvander

 

« Un principe d’inversion traverse toute l’œuvre de Michèle Sylvander. Là où l’on s’attendrait à y trouver un principe de projection de soi, comme une sorte de tentative d’élucidation et d’identification de l’être singulier, c’est toujours une inversion qui opère. Mais on en conviendra d’emblée : projection et inversion communient au sein de nombreux dispositifs de représentation. À commencer par celui de la chambre noire. Que ne sommes-nous pas habitués à cela ? Inversion de notre image dans le miroir, négatif/positif?, masculin/féminin?, haut/bas?, loin/proche?, devant/derrière?, vide/plein?, père/mère?, mort/vivant?

[…] Toute l’œuvre de Michèle Sylvander commence là, traite de cela, mais sur un mode d’objectivation inédit : en se retournant sur sa vie, il est possible de tout inverser, de tout recomposer, c’est-à-dire de tout réécrire. La vie commence à l’instant du retournement. Le temps de Michèle Sylvander est comme l’image qui se projette dans une chambre noire, répétons-le : une inversion (gauche-droite), un renversement (haut-bas) qui sont le réel projeté. Mais l’artiste ne redresse rien, elle observe cette projection qui n’est pas encore un enregistrement, elle la fixe dans ce stade spectral de l’inversion complète : ni négatif ni positif, ni vrai ni faux, ni présent ni absent, ni mâle ni femelle, ni jour ni nuit, ni humain ni animal, ni mort ni vivant. De là, elle parvient à nous faire lire le monde non plus sur le principe des oppositions distinctives — chaud/froid?, jour/nuit?, bien/mal? — mais selon ce qu’elle a mis au point : les inversions distinctives. »

Michel Poivert, Des Histoires, catalogue éditions P., Marseille, 2015

 

Site web de l'artiste : http://www.documentsdartistes.org/artistes/sylvander/repro.html