victoire barbot

 

"Mes sculptures ne partent pas de dessins préparatoires, ni même d’images mentales ou de quelconque autre objet.
Une seule image me reste, c’est celle d’un magasin. Les objets et les images le remplissant, je les ai tous perdus. Tout comme je n’ai pas gardé leurs représentations mentales.
De ce magasin, je puise une banque d’outils matériels que sont les matériaux de présentation. Ils ont été conçus pour la manipulation rapide d’un seul manutentionnaire. Ces matériaux avaient le rôle ambiguë de montrer quelque chose tout en se faisant eux même invisibles. Mes ressources s’étendent du cadre au socle, en passant par les grilles, les rails, les équerres, mais aussi les étagères, les vitrines, les tissus. Autant de matériaux de rayonnage. Tous se sont retrouvés orphelins de ce qu’ils étaient censés présenter. J’analyse ces matériaux par un temps de mise à plat proche de l’inventaire. Ordinairement utiles les uns aux autres, j’en réinvente leur fonction.
L’action de mon corps produit l’assemblage. C’est un art de l’expérience. Pour faire naître une forme, je ne cherche pas à produire l’image mentale d’un objet mais l’image motrice d’une action, celle qui nait de l’envie de manipulation des outils qui me font face. La sculpture est le résultat de cette posture.
L’action, le processus d’équilibre vient en lieu et place de l’image passée, comme méthode pour fabriquer du présent. Rarement fixés, les matériaux combinés finissent par s’autogérer dans un équilibre précaire.
J’appelle ces assemblages des Misensembles.
Chaque élément fait parti du système d’équilibre qu’il soit physique ou visuel. L’ensemble est précision, même les petites choses sont des traces témoignant de la genèse de la forme, elles sont des aides du corps pour caler, combler, tenir, rééquilibrer. Ici une aiguille, là-bas un coquillage.
Les dessins viennent acter l’image motrice née de l’envie de manipulation des « laissés pour compte ». L’image motrice est fixée sur la feuille.
Le point final du processus s’opère par la mise en boite mentale des Misensembles. Cette représentation n’existe que dessinée."

 

Texte de Victoire Barbot.